Le livre qui m’accompagne

Patti Smith - M Train« Ce n’est pas si facile d’écrire sur rien. C’est ce que disait le cow-boy au moment où j’entrais dans le rêve. Vaguement bel homme, intensément laconique, il se balançait dans un fauteuil pliant, le dos calé contre le dossier, son Stetson effleurant l’angle extérieur brun foncé d’un café isolé. Je dis isolé car il semblait n’y avoir rien d’autre alentour qu’une pompe à essence antédiluvienne et un abreuvoir rouillé, où des taons volaient en rond au-dessus des derniers filets d’une eau croupie.
Il n’y avait personne dans les parages, mais le cow-boy semblait ne pas s’en soucier ; il se contentait de ramener le bord de son chapeau sur ses yeux, un Silverbelly Open Road, le même modèle que celui que portait Lyndon Johnson, et se remettait à parler :
– Et pourtant nous poursuivons, nous encourageons toutes sortes d’espoirs fous. Pour la rédemption de ce qui se perd, un éclat de révélation personnelle. C’est une addiction, comme les jeux d’argent ou le golf. »

C’est par ces quelques lignes que débute « M Train » le dernier livre de Patti Smith, dédié à Sam Shepard (le fameux cow-boy du rêve évoqué dès l’introduction). Un livre certes auto biographique mais sans réelle narration, ni autre fil rouge que celui de l’écriture pratiquée comme une sorte d’exercice chaque jour plus nécessaire. L’écriture dans les cafés, les chambres d’hotels, en voyage, à la maison, au lit… et la photographie comme viatique pour retenir les objets, les lieux, les êtres chers, les images de soi-même pour ne pas se perdre… (les photos de l’auteur traversent l’ensemble du livre, comme dans « Glaneur de rêves » son précédent recueil de textes) écrire sur rien revient assez vite à écrire sur tout… Écrire SURTOUT sur le temps présent et passé, l’absence de temps propre à l’exercice de l’écriture (voir le chapitre intitulé « Horloge sans aiguilles »). Mais aussi écrire sur nos vies parallèles celles menées en rêve, envers du miroir secret et intime.
Inutile d’insister, j’aime ce livre.

Patti Smith, M Train, Gallimard

Une réflexion sur “Le livre qui m’accompagne

  1. bruder dit :

    j’ai tres envie de lire ce livre; Pattie Smith, a mon sens, c’est l’Amérique exemplaire,rebelle, créative, loin des bouffoneries d’un Trump.

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