Sheila Hicks

Souvent rangée dans la catégorie des « artistes textiles » dont elle est considérée comme l’une des pionnières, Sheila Hicks née en 1934 à Hastings (Nebraska), s’inscrit dans la lignée des héritiers du Bauhaus. Elève de Josef Albers dont elle suit les cours à la Yale School of Art and Architecture, elle en retient les théories sur la couleur et les effets optiques.
Sans doute aussi retient-elle l’idéal du Bauhaus pour un « art total » allant de l’architecture aux arts plastiques, du design aux arts décoratifs et à la mode, réinventant de toutes pièces environnement quotidien et art de vivre.
Pas de pratique ou d’art mineur au sein du Bauhaus où la discrimination artiste/artisan n’existe pas : une leçon que certains retiendront bien après la mort du mouvement.
C’est donc au textile que Sheila Hicks va s’intéresser, obtenant une bourse en 1957 pour étudier le tissage au Chili et au Pérou auprès d’artisans.
À l’aube des années 60 (en pleine période féministe) elle coud, brode, tresse, assemble coton, laine, soie, lin, corde, imaginant des pièces monumentales qui défient la sculpture et font voler en éclat les sacro saintes catégories.
Elle réalise nombre de pièces in-situ, n’hésitant pas à les déconstruire pour en recycler la matière dans le projet suivant.
Comme Marisa Merz (née en 1931), ou Eva Hesse (1936-70), sa démarche revendique ouvertement les pratiques traditionnellement féminines
ou artisanales (broderie, couture, tricot…) auxquelles ces trois artistes à l’avant-garde donnent une « ampleur » qui en déplace le propos. Les sculptures et installations de Sheila Hicks accompagnent la réflexion sur les arts décoratifs et ornementaux qui se développe dans les années 60, certains designers créant des environnements proche des arts plastiques (Verner Panton, Gaetano Pesce), mais aussi de nouvelles sensibilités qui s’expriment dans l’art contemporain notamment dans l’Arte Povera en Italie, ou en France à travers Supports/Surfaces.
Saluée très tôt par de grandes expositions muséales, Sheila Hicks revient depuis quelques années sur le devant de la scène invitée par une jeune génération de conservateurs de musées et de galeristes que son œuvre fascine.
L’enjeu est de taille… Montrer dans le contexte de l’art contemporain un travail à la croisée des pratiques, sans doute pas tout à fait « légitime » aux yeux de certains, mais qui s’apparente à une réflexion sur les notions de sculpture et d’installation (Ernesto Neto…) ou questionne ce que sont la peinture et le tableau (Brent Wadden, Mark Barrow, Ayan Farah…).
Son exposition parisienne, déploie un large champ de possibles : de l’installation monumentale à la sculpture, du tableau de laine tressée aux abstractions constituées de fils de laine déroulés et juxtaposés sur un châssis de bois, jusqu’aux petites pièces comme autant de notes ou de « sketches ».

à voir à la Galerie Frank Elbaz, Paris jusqu’au 15 octobre
et aussi Sheila Hicks « Apprentissages », Festival d’Automne Paris, jusqu’au 31 décembre

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